Si j'avais gagné
Puisque je peux faire ce que je veux sur mon blog, j'y ajoute cette lettre que j'ai rédigée il y a quelques années pour participer à un un concours cinématographique. A vous de retrouver le nombre exact de films qui s'y cachent.
Madame, Monsieur,
P |
arler du cinéma, pour moi, c’est comme parler d’une partie de ma vie tant cet art est présent à mes côtés depuis ma jeune enfance. Je l’ai toujours côtoyé, comme s’il s’agissait d’un membre de la famille. D’ailleurs si c’était le cas, je crois bien qu’il serait mon grand-père. Peut-être parce que je n’ai pas connu les miens.
Tiens, partons de ce postulat et laissez-moi vous décrire comment j’ai grandi auprès de ce papy adoptif.
Imaginez ce grand-père Cinéma qui a toujours vécu dans un village qui pourrait s’appeler Art-en-Seine. Notable respecté et même consacré, sa compagnie est recherchée de tous, la maison familiale ne désemplit pas et papy Ciné participe à toutes les fêtes et autres cérémonies de la bourgade.
Pour moi aussi c’est jour de fête et depuis tout petit. Intarissable d’histoires, j’étais son public préféré. Au début, il s’agissait de contes pour s’endormir : Blanche-Neige qui faisait des pieds et des nains pour échapper à la méchante Reine ; ET l’extraterrestre qui, au clair de la lune, faisait s’envoler les vélos des ados héros.
J’ai des souvenirs où, à table, Grand-Père Cinéma pouvait faire surgir le burlesque, quand, entre la soupe au canard et la ruée vers l’ortolan, empoignant deux fourchettes piquées dans des croûtons, il rythmait la tablée de la danse des petits pains, achevant cette valse culinaire sur une envolée de tarte à la crème.
Il faut reconnaître que comme toutes les personnes âgées, il radote un peu. Profitant d’un auditoire acquis, il glisse toujours le récit des aventures de ses héros préférés. Combien de versions différentes avons nous eu droit de la pauvre Jeanne d’Arc qui a bûché sur un problème d’Anglais, des trois mousquetaires qui se battaient comme quatre, de Monte Christo qui demandait des comptes, de Tarzan, l’homme sans gêne qui se promène tout nu dans la jungle, de Dracula qui a une dent contre ceux qui sentent l’ail, de Robin-des-Bois en campagne électorale, s’affichant avec notre Marianne et promettant d’augmenter les impôts des riches pour mieux redistribuer aux pauvres.
Mais comme tout Grand-père, il est aussi le témoin du siècle écoulé. C’est ainsi que dans des moments plus intimistes il me confie les épisodes bouleversants de son Histoire. Je songe aux témoignages sur ses conflits : la grande illusion de la grande guerre qui devait mener vers les sentiers de la gloire ; la déchirure des âmes perdues au combat : celle du soldat Ryan, du capitaine Conan ou de Johnny. Même douze salopards ne méritaient pas un tel voyage au bout de l’enfer.
Il témoigne parfois de ses engagements politiques. L’aveu des mauvais chemins pris sur l’itinéraire de la propagande. Puis les luttes pour une justice qui signe son nom d’un Z qui veut dire : elle vit.
Quant à ses histoires d’amours, je suis loin d’être au courant de tout – quelques rendez-vous au quai des brumes. Il me dit qu’un jour je comprendrai qu’une idylle entre un homme et une femme est un des ingrédients quasiment indispensable pour le succès d’une belle histoire.
Comme c’est un papy, il vieillit et connaît des problèmes de santé. Son OMC le fait souffrir. Jusqu’à présent il suivait un traitement à l’exception culturelle qui le soulageait un peu, mais son nouveau médecin le remet en cause. Dr JM Messier il s’appelle. Je ne l’aime pas du tout. Il a été recommandé à mon Grand-Père par la voisine, Mme Télévision. Celle-là, je la soupçonne de profiter de sa relation avec Papy pour se faire inviter à tous les évènements du village et briller ainsi en société grâce à lui.
Il prend tout cela beaucoup moins au sérieux que moi. « Le spectacle doit continuer » me dit-il. Il enchaîne alors sur des récits venus d’Asie, c’est sa nouvelle lubie, et je vois dans ses moments-là une étincelle dans le regard témoignant de sa nouvelle jeunesse.
Je me suis amusé à rédiger cette allégorie – et vous, j’espère à la lire ! – car elle me semble constituer la démarche la plus explicite pour vous faire partager la relation intime que j’entretien avec l’art cinématographique.
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Je dirais vingt-sept... ? Mais j'en ai peut-être loupés !
Rédigé par: golem1997 | le 09/04/2008 à 08:28